Après le Déluge -Juin 2011
Écrire un texte, en prose ou bien poétique, en utilisant tous les titres du recueil de poème de Rimbaud, Illuminations.

 

 

APRÈS LE DELUGE

Juin 2011

 

Proposition d'écriture : écrire un texte, en prose ou bien poétique, en utilisant tous les titres du recueil de poème de Rimbaud : Illuminations.

Ces titres doivent être utilisés dans l’ordre suivant (celui du recueil !) :

 

Après le déluge / enfance / conte / parade / antique / being beauteous / vies / départ / royauté / à une raison / matinée d’ivresse / phrases / ouvriers / les ponts / ville / ornières  villes / vagabonds / villes / veillées / mystique / aube / fleurs / nocturne vulgaire / marine / fête d’hiver / angoisse / métropolitain / barbare / solde / fairy / guerre / jeunesse / promontoire / scènes / soir historique / bottom / H / mouvement / dévotion / démocratie / génie.

 

Après le déluge, mon amie, me parlerez-vous de votre enfance, douce enfance aux couleurs de conte ? Verrai-je alors défiler sous mes yeux embrumés une parade de jouets antiques, avec ce petit air désuet de beeing sublimous ?

Nos vies sont bien différentes, mon amie, je suis prêt au départ vers d’autres royautés, je dois me faire une raison et renoncer à ma dernière matinée d’ivresse.

 

Je pars, je pars, et parviennent à mes oreilles quelques phrases mâchées par de rares ouvriers dormant sous les ponts de la ville endormie.

Je m’en vais, je m’éloigne de vous, mon amie, je trébuche dans les ornières des chemins, loin des villes, me mêlant aux vagabonds, apercevant parfois quelques villes étrangères et hostiles.

Comme un pauvre hère je frappe aux carreaux des fermes aux heures des veillées, et je m’endors au coin de l’âtre en un long sommeil mystique. Mais l’aube triomphante renaît, mon amie, et je repars sur les chemins bordés de fleurs, tournant le dos à mon repos nocturne vulgaire. La brume du petit matin enveloppe mon corps frileux et métamorphose les champs et les arbres en étrange marine laiteuse. Je pense à vous, mon amie, quand nous reverrons nous ? L’automne est bien là ; sera-ce avant le Nouvel An ? Cette fête d’hiver et d’angoisse, cette fête pour métropolitain nanti, égoïste et barbare.

Je ne veux pas que notre amour connaisse le destin d’une solde de fairy tell ; je reviendrai avant que la guerre ne fane votre jeunesse, je reviendrai et vous conduirai, vous tenant par la main jusqu’en haut de ce lointain promontoire où vous imaginerez des scènes fabuleuses, un grand soir historique. Là, dans le jour déclinant, oserai-je une main sur votre joli bottom ? Vous aurez un « H ! » étonné et esquisserez un mouvement de recul, mais voyant dans mes yeux la dévotion que vous m’inspirez, vous encouragerez, puis-je l’espérer, un élan que la démocratie autorise au génie.

 

Elisabeth


***

 

Après le déluge de la nuit, le ciel sourit.

Pour calmer l'angoisse des petits, provoquée par l'infernal bruit de la pluie

Tombant sur les tuiles du toit verni,Il m'a fallu remuer aussi loin que ma mémoire le put, les souvenirs de mon enfance à jamais disparue.

Restituer morceau par morceau, d'image en image, le conte que j'adorais et que mon grand'père me narrait inlassablement les soirs de feux.

La parade était toujours la même.

Je suivais ma grand'mère à la vaisselle.

J'étais d'une sagesse exemplaire et devenais à ce moment d'impatience un antique tribun attendant son heure.

Beauty beautous ! La vie, ma vie, mes vies, mes dérives !

Dès le départ, le domaine familial devenait sous la main de ma mère une royauté. A tort ou à raison, la nostalgie surgit.

Elle me guette, je l'attends.

Où sont les matinées d'ivresse de ces phrases simples et chantantes des ouvriers ?

Travailleurs éphèmères revenant à chaque saison

Traversant les ponts

Marchant de ville en ville

Suant dans les ornières des chemins.

Ils ignoraient les villes

Devenant vagabonds le temps des moissons,

Le temps des vignerons.

Au loin, les villes s'illuminaient de leur électricité.

Mais eux choisissaient les veillées et leur ambiance mystique.

Les flammes reflétaient leurs arabesques sur les murs chaulés de la ferme et les tenaient parfois jusqu'à l'aube.

Les fleurs, belles de jour, belles de nuit, loin de ces nocturnes vulgaires, exhalaient une saveur marine.

Arrivait soudain la fête d'hiver et l'angoisse du retour métropolitain leur paraissait barbare.

Ils avaient touché leur solde.

Fairy ! Souvenirs de guerre, souvenirs de leur jeunesse !

Ils marchaient jusqu'au promontoire où se jouaient les scènes d'un soir, fresques historiques où le bottom remplaçait la bome H.

Le mouvement des partisans, tous avec la même dévotion, clamaient la démocratie ; ils y croyaient et criaient au génie !

 

Anne

 


***

 

Après le déluge, juste après, j'irai cueillir mon enfance, sentir ses formes, toucher son odeur, regarder son parfum, écouter le conte, jusqu'à ce que mes sens, tourbillonnant tels une parade nuptiale, se cognent à l'antique constat d'un non-retour perpétuel.Being beauteous, ce regard vers ce qui n'est plus, porte ma vie au-delà d'elle même, effaçant toute mélancolie, dessinant un je-ne-sais-quoi qui porte mon imaginaire bien loin, sur la ligne de départ de mon existence. Une sorte de royauté suprême enivre mon âme, comme si tout redevenait possible, même l'impensable. A une raison plate, filiforme, habillée de prêt-à-penser, j'oppose la folie de cette matinée d'ivresse.Des phrases incongrues peuplent mon esprit, j'envoie valser les ouvriers résignés par une morale déguisée à laquelle je ne crois plus. Je construis des ponts entre chacune de mes cellules, des ponts labyrinthiques bordés de jeux multicolores. Je suis une ville à réinventer. Aucune ornière, aucun piège, aucun masque...Ma ville intérieure se fout bien des villes de mon occident désenchanté. Mes états d'âme sont des vagabonds fous et libres. Ces villes sont des prisons pour consommateurs enchaînés, la mienne est explosive, assoiffée de mots, affamée de sensations fortes. Je suis éveillée à la vie.La vie, celle qu'on entrevoit un soir de veillée quand les heures plates et sombres du jour n'entament pas le côté mystique des évènements. A l'aube couleur émeraude, je m'éveille ...différente...Le parfum des fleurs me bouleverse d'un bonheur intouchable et terriblement puissant.Pas de nocturne vulgaire à l'horizon. La brume marine ne cesse de m'enivrer. C'est une fête d'hiver, un solstice inattendu, une angoisse en errance. Une angoisse qui se perd comme un métropolitain égaré dans une ville barbare à la solde de manipulateurs en tous genres. Ma "fairy" m'accompagne dans cette guerre de moi-même contre moi-même ...Je cueille mon enfance pour que cett ejeunesse qui fut la mienne m'embarque au-delà des apparences. Je suis sur le promontoire de ma vie, penchée au-dessus de moi-même.Des scènes folles se jouent à chaque battement de coeur, c'est un soir historique. Je ne suis plus sur le bottom. J'ai escaladé le H muet des mes noires pensées. Je suis en mouvement, je danse pour la vie, sans dévotion aucune, si ce n'est pour l'existence. Une existence inventive, créatrice, dans laquelle chacun de mes états d'âme s'exprime dans une démocratie intérieure, acceptée et ressentie : l'enfance a du génie...

 

Séverine

 

*** 

 

Fourmillement de gens, des gens qui bougent dans tous les sens. Stop, après le déluge, le déferlement humain. Des valises qui roulent, des sacs qui se trainent, des départs, des adieux. Adieu l’enfance, où plutôt au revoir. Je te retrouverai un jour ou l’autre, juste le temps d’un conte raconté peut être au hasard d’une rue. Avec une fanfare bien sûr, que l’on suit au rythme des pas de la parade orchestrée. Antique relique, les majorettes being beautous, dans leurs jupettes colorées lançant leur bâton avec synchronisation. Des vies, des générations qui se suivent et qui pérennisent une tradition jusqu’à la toute petite. Le premier départ en tête, la plus petite comme une fée, marchant en cadence et sur laquelle se pose des regards fiers. Pas besoin de la royauté pour penser que l’on est important. Le bonheur est là, à une raison près, une vie meilleure. Et le cortège passe, matinée d’ivresse pour toute une communauté. Envie de rire, de faire des phrases, parler autrement, bien. Pas le langage des ouvriers mais le langage des autres, ceux que l’on ne connaît pas mais que l’on envie. Et le cortège file, passe sur les ponts, entre dans la ville, une ville inconnue où s’entrelacent des rues. Villes séduisantes, prometteuses d’espoir, drainant des vagabonds comme la terre draine de l’eau, disparaissant dans des ornières pour ne pas être vus. Villes éclairées, éclairage artificiel. Panne d’électricité, tout est noir et voilà que l’on reparle des veillées comme autant de temps pour se retrouver, retrouver l’autre. Esprit mystique qui tout à coup recouvre la ville devenue fantôme jusqu’à l’aube. Tout s’éveille, tout s’ouvre comme des fleurs au soleil. C’est la fin de la séance nocturne, fourmillement de gens, des gens qui bougent dans tous les sens. La vie est là vulgaire, irrespectueuse. Et l’on voudrait se retrouver devant la mer, sentir l’odeur marine, épouser le vent, se laisser partir. Monter sur un bateau et vivre autrement. Rejoindre les marins qui fêtent la mer. Fête d’hiver où l’homme se rend, se donne complètement à son élément avec cette angoisse de ne plus revenir, d’être un jour englouti. Revenir un jour, reprendre un rythme, le rythme de la vie normale qui doit être celle la. Reprendre le métropolitain pour se rendre d’un endroit à un autre, sans vraiment réfléchir, le faire parce que l’on y est obligé. Au revoir la tranquillité, bonjour moment barbare d’une vie en solde. Fairy moment avant un temps de guerre. Jeunesse tronquée pour accéder à un promontoire doré. Les scènes de la vie, là derrière nous, abandon d’un soir historique, d’une nuit enivrée où l’on touche le fond. L’heure H, un mouvement rapide, une dernière dévotion, un dernier regard, un adieu. Adieu la démocratie, bonjour Monsieur le génie.

 

Martine

 

***

 

Après le déluge, l’enfance fut à nouveau au rendez-vous. Je vous la conte sans parade, sans mentir, sans artifice. Etre authentique, antique, being beautifull, car nos vies inventent un départ autre sous une royauté. Je me fie à ma raison. A une raison pour me rappeler qu’hier n’est pas si loin.

Je me souviens : c’était par une matinée d’ivresse que tu m’as dit ces phrases face à ses ouvriers en train de manger leur casse croûte assis sur les ponts de la ville d’où à peine quelques mètres plus bas, les ornières servaient de refuge aux vagabonds désoeuvrés. Oui, je me souviens, nous aimions tant les villes.

Je revois encore toutes ces veillées, passées autour du grand poêle à bois. Léo nous racontait ces histoires. Nous l’écoutions dans un silence quasi religieux. C’était si calme presque irréel parfois je ressentais un petit quelque chose qui me paraissait être de l’ordre du mystique.

Puis l’aube naissait. J’ouvrais grand la fenêtre et d’autres effluves me chatouillaient le bout du nez. Le parfum subtil de ces fleurs m »embaumait. Par contre je haïssais la nuit, Le nocturne vulgaire me tétanisait.

Je me souviens : Marine adorait les fêtes d’hiver. Noël lui apportait de la joie et éloignait toute son angoisse.

Bien loin de Paris, pas de travail à assumer, vacances méritées, pas de métropolitain, sérénité assurée. Parfois nous nous querellions sans être barbare. C’était aussi le moment où les boutiques brillaient de milles feux.. Pas de solde possible, le porte-monnaie souffrait.

Trop fairy pour se faire la guerre, la jeunesse agglutinée, debout sur le promontoire observait des scènes improvisées par des chanteurs éphémères. Nous étions le 21 juin. Que fut belle la fête de le musique ! Mon propos n’a rien d’historique toutefois je les revois tous se déhancher, chanter. Ils battaient la mesure en se tapant le bottom de manière saccadée. H comme haché était le mouvement qu’ils partageaient sans même sans rendre compte.

Je me souviens d’un moment précis, en les regardant tous de ma fenêtre, je me demandais quelle dévotion les animait. Je pensais que la démocratie était vraiment une belle chose. Je me posais également cette question : lequel d’entre eux sera un génie.

 

***

 

Après le déluge, toi, Noë, mon enfance...

Veux -tu que je te conte ton déluge, ton chaos ?

Oui devant tes yeux, devant ta grâce, j’en ferai une parade à l’antique.

Que d’envies ancestrales, que de rêves enfouis, étant sublimes

Après le déluge, Noë, toi, mon enfance

Veux- tu que je te conte ton déluge, ton chaos, tes vies antérieures, le départ, l’origine de ton passé ?

Allez, essaie de te souvenir

Creuse dans le pli de ton imaginaire

Il était certes question de royauté, de majesté, de funeste trône

Régnait un espoir à une seule condition, à une seule raison

Reine d’un jour, reine d’un amour

Il m’importe

A la minute, à la seconde je ne perçois qu’une matinée d’ivresse pour entendre ces phrases

Patience jusqu’à l’aube

De loin en loin comme enfoui dans ma mémoire

Le travail était malgré tout de règle quitte à oublier ces ouvriers trébuchant sur les pavés d’un pont à force de s’épuiser

Après le déluge, Noë, toi , mon enfance

La ville d’en haut, je le sens rôder, empruntant quelques chemins, quelques ornières… Il m’est d’humeur de me perdre dans les villes, goûter l’errance des vagabonds devenus les gardiens de l’âme citadine

A chaque fois que je m’immerge dans les villes, je survole un immeuble, une fenêtre et le nez écrasé sur la vitre, scrute les veillées tardives de gais lurons

Puis dérive à 180 degrés pour surgir par un vitrail d’une église à une autre veillée plus mystique

Je cueillerai au même instant de ma bien- aimée des fleurs de son enfance

Une envie nocturne de ne pas sombrer dans le vulguaire

Un besoin de lever les voiles, une virée marine

Une ode à la fête d’hiver jusqu’à conjurer la mort, l’angoisse

Après le déluge, Noë, toi, mon enfance

Plus ailleurs qu’ici je suis dans le métropolitain souterrain de ton cœur

Face à une armée de voyous dont un barbare n’a pas fait le solde ou le deuil de quelque chose

Passer du merveilleux, l’excitation du merveilleux à la guerre

Une guerre saignée à blanc s’érigerait en promontoire

Une fresque au ralenti de scènes de tueries dresserait le portrait d’un soir devenu historique

L’humanité toucherait le bottom

Le manque brûlant de toute dévotion

Le H de haine aurait atteint le point de non retour

Le mouvement du déluge retournerait à Noe, toi mon enfance

L’homme aurait-il oublié n’importe quelle démocratie à coup de génie.