Au Café..., de Dominique

La musique de fond était inaudible, inutile.

Avec ce brouhaha, ces discussions qui se croisent, ces histoires de mecs que se racontaient les duos féminins parsemés mais majoritaires dans cette salle : je n'allais pas m'ennuyer en attendant Martine, en retard... comme d'habitude.

"Blablabla, gling, gling, blablabla, pong..."

Tout semblait propice aux confidences anodines : lumière tamisée, décor rétro d'une époque incertaine - on est là aujourd'hui, hier ou demain, perdu dans le temps, dans ce bric à brac qui sert de déco. Mes oreilles étaient des capteurs dilettantes : la conversation de mes voisines irriguant l'oreille droite, le mélange des autres conversations dans la gauche.

Comptoir gothique, mannequins faisant le guet dans différents coins de la salle, vitraux publicitaires illuminés et verres au garde à vous et à contre jour, mes yeux poursuivent leur inspection au fil des rangées de tables, chaises et grands bancs en bois dans cette ambiance presque allemande.

"...problèmes gynécologiques..."... "Blablabla, bling, blablabla, pong, pong..."

"...elle dit :  j'ai grossi!" raconte ma voisine. "Et là tu t'es dit..." lui répond sa voisine excitée.

Et moi je me suis dit "Elle est enceinte!". Et c'est reparti pour un tour de : "Pas croyable - avec le mec qu'elle a - Moi, je serais jamais sorti avec lui - Et t'as vu les pulls qu'il porte –

Tout çà à cause de son histoire de merde avec Kevin - D'ailleurs c'est pareille pour Linda..."

STOP.

Martine vient de pousser la porte avec une nouvelle écharpe léopard et ses éternels talons aiguilles "impossible pour le Vieux Lille".